Présentation du projet

Éléphants de mer / Le projet SEAOS

Les éléphants de mer sont des mammifères marins que l’on peut facilement observer à terre sur les îles sub-antarctiques où ils viennent se reproduire et muer. Des observations directes de leurs comportements sont alors possibles. Cependant qu’arrive-t-il en mer là où ils passent la majeure partie de leur vie ?

Afin de répondre à cette question et de mieux comprendre la vie et la biologie de cette espèce, ainsi que ses interactions avec l’environnement physique , un programme inter-disciplinaire a été mis en place au niveau international. Augmenter les connaissances sur le comportement, les habitudes et l’environnement de ces animaux emblématiques de l’Océan Austral est d’une importance capitale pour leur conservation. Par ailleurs, l’Océan Austral est probablement l'océan le moins accessible et le moins connu de la planète, en raison de son isolement géographique et des conditions climatiques qui y règnent. Or cet océan joue un rôle fondamental dans les échanges thermiques entre l'océan et l’atmosphère et par conséquent dans la régulation du climat de notre planète. Le programme SEaOS (Southern Elephant Seals as Oceanographic Samplers) regroupe donc depuis plusieurs années des océanographes et des biologistes d’Australie, du Royaume-Uni, des Etats-Unis et de France.

Les premiers résultats obtenus ont dépassé toutes les attentes. En effet, en équipant les animaux de petits appareils d’enregistrement, nous avons non seulement obtenu de nombreuses informations sur leur mode de vie en mer, mais les données récoltées sur leur environnement en temps quasi réel, comme la température et la salinité, se sont révélées être d’une très grande précision. Celles-ci sont donc naturellement venues compléter les bases de données des océanographes et donc renforcer, plus particulièrement pour les régions difficiles d’accès, les méthodes d’échantillonnage des océans existantes.

Quand océanographie et biologie se rejoignent

L’utilisation d’appareils d’enregistrement adaptés aux animaux marins, notamment aux éléphants de mer, est particulièrement appropriée pour collecter des données hivernales dans l’océan Austral, qui sont difficiles et extrêmement coûteuses à obtenir par ailleurs.

L’emploi de navires océanographiques conventionnels pour collecter de telles données, outre le fait de leur coût élevé, ne peut pas garantir l’accès aux zones de glace de mer pendant les mois hivernaux. La seule alternative serait l’utilisation de bouées dérivantes. Cependant cette technologie ne permet pas une couverture importante des zones de hautes latitudes. Par ailleurs les bouées dérivantes ne peuvent pas être dirigées vers des zones présentant un intérêt particulier alors que le choix d’éléphants de mer de sexe différent permet de cibler des régions particulières. Les bathythermographes lancés depuis les bateaux de ravitaillement ou de commerce apportent, elles aussi, des informations importantes, mais l’obtention de ces données est limitée aux principales voies de navigation et concerne seulement les profils de température. Les mouillages fournissent des séries temporelles à long terme mais leur nombre est limité compte tenu de leur coût et des opérations logistiques associées à leur mise en œuvre.

Une révolution dans les systèmes d'observation est actuellement en cours, basée sur les satellites et sur les flotteurs-profileurs (Argo) autonomes qui permettent d'obtenir pour la première fois des mesures globales pour l’étude des océans. Mais même ces nouvelles technologies ne sont pas en mesure d’échantillonner en routine dans la zone de glace de mer: les mesures par satellite des températures de surface et de hauteur de la mer sont impossibles en zone de glace de mer et les profileurs ne peuvent pas fonctionner dans ces conditions extrêmes. Ainsi, pour la zone s’étendant de 60° S au continent Antarctique et comprise entre 20° E et 140° E, moins de 300 profils obtenus par ces méthodes sont répertoriés dans la base de données de Coriolis Godae, tandis que depuis le début du programme en 2003, les éléphants de mer en ont collectés plus de 4000. A ce jours les données éléphants de mer représentent plus de 95 % des profils de température et salinité obtenus sous la glace de mer.

Par ailleurs, l’intérêt de cette étude est double car en plus de l’acquisition de données océanographiques, elle nous permet de mieux appréhender le comportement alimentaire d’une espèce jouant un rôle clé dans l’écosystème de l’Océan Austral, afin d’apporter des éléments de réponse sur l’évolution démographique des différentes populations ces dernières décennies. Bien que certains aspects du comportement et de la biologie des éléphants de mer soient aujourd’hui bien connus, il n’en reste pas moins que de multiples questions demeurent sans réponse.

Longtemps chassés au XIXe siècle, les éléphants de mer étaient au début du XXe menacés d’extinction. L’arrêt de la chasse aurait dû permettre aux diverses populations de se reconstituer. Or certaines de ces populations connaissent un nouveau déclin depuis le début des années 50 (Kerguelen (latitude : 49°30' S, longitude 69°30' E) et Macquarie (53°47 S ; 159° E)). D’autres en revanche sont stables ou en légère augmentation (Géorgie du sud (54°30 S ; 37° W)). Plusieurs facteurs peuvent influencer ces différentes tendances, notamment des variations régionales d’abondance et de distribution des proies en relation avec des variations des conditions océanographiques. Déterminer exactement les causes de ces variations dans les effectifs des différentes populations n’est pas possible a posteriori. Toutefois, les relations de cette espèce avec son environnement peuvent nous donner des éléments de réponse sur l’influence des variations de cet environnement sur les populations. Notre étude présente la population d’éléphants de mer de Kerguelen mais des études similaires ont été menées simultanément sur les deux autres populations importantes de l’Océan Austral (Géorgie du sud et Macquarie). Notre étude s’intègre donc dans un projet international visant à comparer le comportement alimentaire des populations des trois différentes localités et ainsi contribuer à la compréhension de leurs démographies respectives.

Dans le cadre des actions menées pendant l’ année polaire internationale ces efforts de recherches vont être approfondis grâce au programme MEOP (Marine Mammal Exploration of the Oceans - Pole to Pole) dont l’action a été élargie à l’Océan Arctique. Dans l’Océan Austral nous poursuivrons nos recherches pour évaluer la vulnérabilité des populations d‘éléphant de mer aux changements océanographiques mais aussi pour observer et mieux décrire l’Océan Austral. L’ensemble des données collectées par les éléphants de mer équipés à Kerguelen sont mises à disposition des océanographes. Ainsi l'obtention de données océanographiques via l’étude des prédateurs marins s'avère être une approche très prometteuse pour l’étude des phénomènes climatique et océanique de grande échelle.


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